La douleur est un phénomène excessivement complexe. Il faut tout d'abord comprendre que les influx nerveux, qui sont envoyés des nerfs périphériques vers la moëlle épinière et éventuellement vers le cerveau, ne sont pas des messages de douleur. Il s'agit en fait de messages de danger, ce que l'on nomme en fait la nociception. Le cerveau en bout de ligne décide s'il doit nous faire ressentir une douleur, étant en fait un mécanisme d'alarme nous avisant qu'il y a un problème et que nous devons faire quelque chose. Le système en général fonctionne bien. Toutefois, ces influx nociceptifs ne sont ni nécesaires ni suffisants à la sensation de la douleur.

En effet, il est possible d'avoir des douleurs sans avoir du tout de nociception, comme par exemple dans les douleurs fantômes. Et quelqu'un peut avoir une blessure importante et ne rien sentir, comme dans les exemples classiques de gens ayant eu un accident de voiture avec une jambe fracturée par exemple et rien n'avoir ressenti avant que leurs proches soient en sécurité. Les chirurgies cardiaques à coeur ouvert sous hypnose, et sans la moindre douleur, en sont un autre exemple.

Le but du présent texte n'est pas d'expliquer en détail comment la douleur fonctionne. Je compte le faire éventuellement toutefois. Ce qui importe pour le moment c'est de comprendre que la douleur émane du cerveau, tout le temps, sans aucune exception.

Bien sûr les problèmes biomécaniques, en stimulant le système nociceptif, est très souvent un facteur contributif aux symptômes des patients. Dans ma pratique, je me fais un devoir d'identifier ces dysfonctions et les corriger dans la mesure du possible. Toutefois, il arrive que ce ne soit pas suffisant. Dans ce cas, il peut être possible que d'autres facteurs influencent le cerveau dans son processus décisionnel à savoir s'il doit nous faire ressentir une douleur. Et ce sont à mes yeux les patients les plus difficiles à traiter.

Nous savons maintenant que les aspects psychologique, émotif et social de la personne joue un rôle important dans la perception de la douleur. Les connaisances et fausses croyances vont également influencer la douleur, ainsi que la peur excessive de se reblesser. Je vais donc généralement suggérer de consulter un psychologue à mes patients aux prises avec des douleurs rebelles. Le sommeil est également important, ainsi que la gestion du stress. Il faut par aileurs cheminer  avec une exposition très graduelle aux situations provocatives, principe connu sous le nom de neuromatrice.

Le fait de comprendre plus en détail le fonctionnement de la douleur aide également les patients à saisir pourquoi ils peuvent ressentir la douleur dans certaines circonstances, et surtout reconnaître que la douleur ne signifie pas que nous sommes en train de nous blesser. En effet, le fait d'avoir peur de façon excessive de se reblesser ne fait que confirmer à notre cerveau l'importance du problème et justifie le maintien de la douleur. N'oublions pas que le but du cerveau est de nous protéger.

Étant quelqu'un qui se passionne pour son travail, j'ai suivi le travail d'un collègue australien, Lorimer Moseley, qui fait de la recherche depuis plusieurs années sur les douleurs chroniques. Il a découvert que ces douleurs sont très souvent associées à un changement de la perception spatiale du corps. Il a par la suite réussi à déterminer des façons d'évaluer ces déficits et de les corriger, ou de les améliorer minimalement. Malgré beaucoup de lectures sur internet, cela demeure une pratique quelque peu abstraite.

Toutefois, Dr Moseley vient tout juste dans les derniers jours de paraître un livre sur ce qu'il nomme l'imagerie motrice graduelle, intégrant ces nouveaux concepts neurophysiologiques. Évidemment, j'attendais de pied ferme un tel livre. Et l'auteur du livre est tout simplement la personne la plus apte à nous présenter cette approche. Bref, un livre obligatoire pour tout physiothérapeute désireux de traiter de façon optimale les gens aux prises avec des douleurs chroniques.

Avis aux intéressés: la livraison depuis l'Australie est gratuite pour les quelques prochains jours, jusqu'au 10 avril en fait. Le livre, en anglais, se prête tant aux cliniciens qu'aux patient.

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