En réadaptation, il est coutume suite à une blessure de commencer des exercices de renforcement avec de petites charges et de progresser graduellement vers des charges plus importantes, en prenant soin d'éviter de progresser trop rapidement afin d'éviter une recrudescence de la douleur. Il est même possible de faire des exercices sans mouvement, exercices dit isométriques, selon la sévérité de la douleur ou du stade de guérison d'une blessure ou encore selon les recommendations médicales dans le cas d'une réadaptation post-chirurgicale.

Mais que fais-t'on quand une personne souffre de douleur chronique et que la douleur est trop intense pour penser faire des exercices? On utilise des appareils d'électrothérapie? On a recours à diverses médications? On consulte un orthopédiste dans l'optique de peut-être avoir une chirurgie? Quoique parfois efficaces, ces approches s'avèrent trop souvent inneficaces. Les douleurs chroniques sont la bête noire des professionnels de la santé. Malgré tous les progrès de la science, les douleurs chroniques demeurent en effet très difficiles à enrayer.

Que faire alors? Heureusement, un groupe d'Australiens nous apporte enfin des pistes très prometeuses. Ils ont en fait développé un programme, l'imagerie motrice graduelle, suite à une dizaine d'années de recherche. Ce programme se fonde sur les connaissances neuroscientifiques que les dernières décennies nous ont apportées. Il a été prouvé efficace pour le moment avec les amputés, les gens auxprises avec un syndrome douloureux régional complexe (CPRS, anciennement algodystrophie réflexe sympatique - ADRS), et certaines douleurs neuropathiques suite à une blessure du plexus brachial.

Cela ne veut pas dire que le programme n'est pas efficace pour d'autres conditions. Cela veut tout simplement dire qu'il n'a pas encore été mis à l'épreuve pour d'autres conditions pour le moment dans des études contrôlées,  une étude contrôlée menée avec soins et selon les règles de l'art pouvant coûter près d'un million de dollars... Toutefois, les bases scientifiques de l'approche et de nombreuses histoires de cas positives nous laissent croire avec une certaine confidence que l'imagerie motrice graduelle est efficace pour nombre de douleurs chroniques.

En quoi consiste le programme? En fait il faut comprendre certains principes neurophysiologiques pour comprendre le fonctionnement de l'imagerie motrice graduelle. Tout d'abord, il faut savoir que chaque douleur a son propre neuromarqueur (J'ai délibérément traduit ici à ma façon le terme neurotag utilisé dans la littérature anglophone). Un neuromarqueur représente la totalité du réseau des cellules nerveuses dans le cerveau qui s'activent lors d'une stimulation donnée. Par exemple, on pourrait parler du neuromarqueur de l'odeur de la tarte aux fraises de grand-maman, comme on peut parler du neuromarqueur de la douleur de ma dernière entorse de cheville. Le neuromarqueur contient des cellules dans différents régions du cerveau, qui réflètent l'aspect sensitif, moteur, et affectif, entre autres, des stimulations.

Lorsque la douleur persite trop longtemps, le neuromarqueur est activé plus facilement. Donc moins de stimuation est nécessaire pour déclancher une réaction, réaction qui peut être la perception d'une douleur. Par exemple, le toucher léger peut devenir douloureux. Donc, si le fait de faire des mouvements, aussi légers soient-ils provoque de la douleur, alors nous allons faire de la visualisation consciente pour stimuler le cortex moteur de façon moindre, mais suffisante pour réentraîner la capacité à tolérer une telle stimulation. Nous pouvons alors de servir de la thérapie par le mirroir, ou encore en imaginant des mouvement. Car il a été bien démontré que lorsque nous nous imaginons faire une activité, les mêmes aires motrices du cerveau sont activés que si ne faisons pour le vrai.

Toutefois, il arrive que ces stimulations sont encore trop intenses. Nous devons alors recourir à des mouvements imaginés inconscients. Pour ce faire, nous procédons à de exercices de discrimination de la dominance. La fait de regarder par exemple des mains dans différentes positions et tenter de déterminer si ce sont des mains gauches ou droites, va amener une cascade d'évènements dans le cerveau. Le cerveau va établir une hypothèse et la tester en imaginant un mouvement pour comparer. Si cela semble être adéquat nous formulons la réponse correspondante. Toutefois, si la réponse est inadéquate, le cerveau va formuler l'hypothèse que c'est l'autre main et encore une fois faire des mouvements imaginaires pour valider le résultat. Ceci s'opère très rapidement et semble en fait être instinctif. Mais il y a un processus décisionnel derrière tout ce fonctionnement, qui implique de l'imagerie. 

Finalement, il arrive, rarement, que la discrimination de la dominance provoque encore des douleurs en stimulant de façon encore trop intense le cortex. Il faut alors recourir à la technique connue à ce jour qui stimule le cortex avec le plus de douceur. Cette technique, qui a été nommée empathie motrice, se fonde sur les découvertes très récentes des neurones miroirs. Les neurones miroirs sont des cellules nerveuses très spécialisées dans le cerveau qui sont stimulées non pas lorque nous faisons une activité, mais quand nous regardons quelqu'un faire une activité. La stimulation est très faible mais bien réelle. Elle a été découverte par hasard chez des singes. Ces derniers avaient des capteurs sur la tête pour vérifier l'activité cérébrale lors de la déglutition. Toutefois, à la grande surprise des chercheurs, les singes ont présenté la même activité, quoique plus faible, lorsqu'ils ont regardé les chercheurs manger devant eux alors que ces derniers avaient omis de fermer les appareils de détection pendant l'heure du lunch. L'empathie motrice consiste donc à regarder des gens faire les activités ou mouvements problématiques.

Tout cela peut sembler très étrange et même ésotérique pour certains. Mais il faut comprendre que tout cela est appuyé par des fondements très solides acquis des recherches récentes en neurosciences. Il faut également que la personne soit prête à accepter que le cerveau a un rôle à jouer dans le maintien de la douleur. Ainsi, le problème initial, même si bien réel, n'est plus le facteur causal. Ce genre d'approche nécessite une grande collaboration du patient et il est grandement conseillé de consulter également un psychologue pour attaquer la douleur sous plusieurs fronts, soit également sous l'angle bio-psycho-social. Car, malheureusement, la douleur chronique est très souvent accompagnée de dépression et beaucoup de mythes tenaces entourant la douleur affectent notre façon de se comporter vis-à-vis la douleur, et généralement négativement. Par exemple, si j'ai mal, ce doit être car j'endommage des tissus. C'est totalement faux. Mais tout cela dépasse le but initial de mon billet. Peut-être une prochaine fois?